OMS/Sarah Pabst
À l’Institut Malbrán de Buenos Aires, en Argentine, des scientifiques étudient des échantillons de bactéries provenant de toute l’Amérique latine afin de suivre et contrôler l’apparition de la résistance aux antimicrobiens (RAM).
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Résistance aux antimicrobiens

16 juillet 2026
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L’essentiel

  • La résistance aux antimicrobiens (RAM) survient lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites ne réagissent plus aux antimicrobiens. En conséquence, les infections deviennent plus difficiles, voire impossibles, à traiter, ce qui accroît le risque de propagation des maladies, de formes graves, de handicap et de décès.
  • La RAM représente un problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Selon les estimations, la RAM bactérienne était associée à plus de 4,7 millions de décès dans le monde en 2021 (1).
  • L’utilisation abusive et excessive d’antimicrobiens est responsable de l’apparition et de la propagation d’agents pathogènes résistants aux médicaments.
  • Le manque d’accès adéquat à des vaccins, produits de diagnostic et médicaments appropriés, nouveaux ou existants, contribue également à la crise.
  • En 2023, environ une infection bactérienne confirmée en laboratoire sur six dans le monde était résistante aux antibiotiques.
  • Le monde fait face à une crise de la recherche-développement des antimicrobiens ; peu de nouveaux médicaments sont en cours de mise au point.


Vue d’ensemble

Les antimicrobiens – comme les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiparasitaires – sont des médicaments utilisés pour prévenir et traiter les maladies infectieuses chez les êtres humains, les animaux et les végétaux.

La RAM survient lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites ne réagissent plus à ces médicaments. En conséquence de cette pharmacorésistance, les infections deviennent plus difficiles, voire impossibles, à traiter, ce qui accroît le risque de propagation des maladies, de formes graves, de handicap et de décès.

Un problème mondial

La RAM affecte la santé, les systèmes de santé et la société dans son ensemble.

Conséquences sur la santé : La RAM est associée à une morbidité et une mortalité plus élevées, et elle limite les options thérapeutiques pour les patientes et patients atteints d’infections. Elle augmente le risque de complications liées aux interventions telles que les opérations chirurgicales.

Conséquences sur le système de santé : La RAM fait augmenter les coûts des soins de santé, principalement du fait d’un allongement de la durée des hospitalisations et d’un besoin accru de soins intensifs. Elle entraîne également un recours accru aux antibiotiques de deuxième intention et à des tests de diagnostic supplémentaires.

Conséquences sociétales : La RAM touche de manière disproportionnée les populations vulnérables, réduit la productivité humaine et érode la confiance du public dans la médecine. De plus, les infections résistantes aux médicaments affectent la santé des animaux et des végétaux et réduisent la productivité des exploitations agricoles, menaçant la sécurité alimentaire.

Compte tenu des mesures actuellement mises en œuvre, rien que pour les infections bactériennes résistantes, le coût total du traitement devrait atteindre 412 milliards de dollars des États-Unis (USD) par an jusqu’en 2035, à quoi s’ajoutent 443 milliards USD par an de pertes de productivité (2).

Parmi les principaux facteurs d’émergence et de propagation de la RAM figurent le mauvais usage des antibiotiques ; les difficultés d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) ; une lutte anti-infectieuse inadéquate dans les habitations, les établissements de santé et les exploitations agricoles ; un accès limité aux vaccins, aux produits de diagnostic et aux médicaments ; et un manque de sensibilisation et d’application de la législation en la matière. Trop peu de nouveaux antibiotiques sont mis au point pour remplacer ceux qui n’agissent plus, laissant moins d’options de traitement pour les personnes atteintes d’infections pharmacorésistantes.

La RAM touche tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu, et se propage au-delà des frontières. Les personnes vivant dans des milieux à faibles ressources et les populations vulnérables, comme les personnes très jeunes ou très âgées, sont particulièrement touchées.

Quelle est la situation actuelle ?

Usage des antibiotiques

L’usage abusif ou impropre d’antibiotiques, par exemple en prendre alors que ce n’est pas nécessaire ou prendre le mauvais type, reste l’un des principaux responsables de la RAM. En 2022, les « antibiotiques du groupe Access » (antibiotiques dont l’accessibilité est essentielle) – qui sont recommandés comme traitements de première intention pour la plupart des infections courantes – ne représentaient qu’environ la moitié (53 %) des antibiotiques à usage humain utilisés au niveau mondial. Les « antibiotiques du groupe Watch » (utilisation sélective), qui présentent un risque plus élevé de résistance, représentaient environ 45 % de l’utilisation et dépassaient 70 % de l’utilisation totale dans près d’un tiers des pays. Ces chiffres sont en deçà de la cible mondiale qui prévoit qu’au moins 70 % des antibiotiques utilisés proviennent du groupe Access d’ici à 2030.

Résistance des bactéries aux médicaments

En 2023, sur six infections bactériennes confirmées en laboratoire causant des infections courantes chez l’être humain dans le monde, une était résistante aux traitements antibiotiques. Entre 2018 et 2023, la résistance aux antibiotiques a augmenté dans plus de 40 % des combinaisons agent pathogène-antibiotiques faisant l’objet d’un suivi, avec une augmentation annuelle moyenne de 5-15 %. D’après les estimations de l’OMS, la résistance aux antibiotiques est la plus élevée dans les Régions de l’Asie du Sud-Est et de la Méditerranée orientale, où une infection déclarée sur trois est résistante. La résistance est également plus fréquente et s’aggrave là où les systèmes de santé n’ont pas la capacité de diagnostiquer ou de traiter les agents pathogènes bactériens. Dans le monde entier, les bactéries Gram-négatives résistantes aux médicaments deviennent de plus en plus dangereuses, et ce sont les pays les moins en mesure de réagir qui sont les plus impactés. Les bactéries E. coli et K. pneumoniae sont les principales bactéries Gram-négatives pharmacorésistantes présentes dans les infections sanguines. Elles figurent parmi les infections bactériennes les plus graves qui entraînent souvent sepsis, défaillance d’organes et décès.

Dans la gonorrhée, une infection sexuellement transmissible, la résistance à la ciprofloxacine est très élevée (75 %), et la résistance à la ceftriaxone – bien que toujours faible à l’échelle mondiale – progresse dans certaines régions, menaçant l’efficacité du traitement de première intention.

La tuberculose multirésistante (TB-MR) est une forme de la maladie due à un bacille ne réagissant pas à l’isoniazide et à la rifampicine, les deux médicaments antituberculeux de première intention les plus efficaces. On peut néanmoins soigner et guérir la TB-MR avec des médicaments de deuxième intention, souvent plus coûteux et plus toxiques. On estimait à 3,2 % en 2024 la proportion de personnes ayant eu un premier épisode de tuberculose et présentant une tuberculose pharmacorésistante. Cette proportion était nettement plus élevée (16 %) chez les personnes ayant déjà suivi un traitement antituberculeux.

Résistance des champignons aux médicaments

Les champignons peuvent provoquer une grande diversité d’infections, allant de la candidose (muguet) de la bouche ou des organes génitaux et de la dermatophytose de la peau, des cheveux et des ongles, jusqu’à des infections graves et potentiellement mortelles telles que la candidose invasive ou l’aspergillose pulmonaire. Ces infections touchent de manière disproportionnée les patientes et patients gravement malades et ceux dont le système immunitaire est affaibli, y compris les personnes sous chimiothérapie anticancéreuse, celles ayant subi une greffe d’organe et celles vivant avec le VIH.

La RAM rend les infections fongiques de plus en plus difficiles à traiter. L’apparition et la propagation de Candidozyma auris (anciennement Candida auris), une infection fongique invasive pharmacorésistante, sont particulièrement préoccupantes. L’Aspergillus pharmacorésistant est de plus en plus difficile à traiter car de nombreuses souches sont résistantes aux antifongiques azoliques, des médicaments largement utilisés en médecine et en agriculture.

Résistance des virus aux médicaments

Au cours de la dernière décennie, le traitement antirétroviral a sauvé la vie de dizaines de millions de personnes vivant avec le VIH. Cependant, le recours accru à des médicaments contre le VIH s’est accompagné de l’apparition de la pharmacorésistance du VIH, qui peut entraîner une augmentation des infections à VIH et des décès.

Par ailleurs, la résistance aux antiviraux des virus grippaux est un problème majeur de santé publique, étroitement surveillé par l’OMS au moyen de réseaux de surveillance mondiaux. L’OMS reconnaît également les problèmes de résistance émergents qui affectent les programmes de traitement des hépatites B et C. 

Résistance des parasites aux médicaments

L’apparition de parasites résistants aux médicaments représente une grave menace dans la lutte contre le paludisme. Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine sont le traitement de première intention recommandé pour le paludisme à Plasmodium falciparum sans complication. L’apparition d’une résistance partielle à l’artémisinine fait qu’il est plus difficile de choisir le bon traitement et une surveillance étroite est nécessaire.

L’apparition d’une résistance aux médicaments contre les maladies tropicales négligées (MTN), telles que la trypanosomiase humaine africaine et la leishmaniose, représente une menace non négligeable pour les programmes de lutte contre les MTN. Des cas de résistance ont été signalés pour plusieurs médicaments essentiels, tels que le mélarsoprol, les antimoniés pentavalents et la miltéfosine.

Action de l’OMS

L’OMS dirige les efforts mondiaux visant à prévenir et à endiguer la RAM chez l’être humain, dans le cadre du Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens (GAP-AMR) 2026-2036. Ce dernier vise à préserver la capacité de traiter les infections humaines, animales et végétales en élargissant l’accès équitable à des antimicrobiens efficaces et leur utilisation appropriée, tout en réduisant l’incidence des infections grâce à une approche « Une seule santé ».

D’ici à 2030, ce plan d’action vise à permettre d’atteindre la cible fixée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2024, à savoir parvenir à une diminution de 10 % des décès humains associés à la résistance aux antimicrobiens, tout en réduisant l’utilisation des antimicrobiens dans les systèmes agroalimentaires et en limitant le plus possible la pollution due aux microbes résistants et aux résidus d’agents antimicrobiens. 

L’OMS collabore étroitement, de manière coordonnée selon l’approche « Une seule santé », avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), qui constituent l’Alliance quadripartite, afin d’atteindre les buts et objectifs du Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens.

Ce plan d’action est mis en œuvre par l’intermédiaire de plans d’action nationaux, ainsi que de directives opérationnelles distinctes et d’un cadre de suivi et d’évaluation. Le suivi de la mise en œuvre des plans d’action nationaux s’effectue au moyen d’enquêtes annuelles d’autoévaluation nationale sur le suivi de la résistance aux antimicrobiens (TrACSS).

Pour que le plan d’action puisse atteindre son but, six objectifs stratégiques interconnectés sont établis :

  1. Renforcer la sensibilisation et promouvoir des changements sociaux et comportementaux appropriés afin de réduire les risques de résistance aux antimicrobiens dans tous les secteurs ;
  2. Renforcer les systèmes de surveillance et les réseaux de laboratoires afin d’éclairer des politiques et des actions efficaces et fondées sur des données factuelles en matière de résistance aux antimicrobiens ;
  3. Intensifier la prévention des infections dans tous les secteurs afin de réduire la charge des maladies infectieuses et la nécessité de recourir aux antimicrobiens ;
  4. Garantir un accès équitable aux antimicrobiens, aux produits de diagnostic et aux autres produits de santé, leur usage approprié et leur élimination sûre, et ce dans tous les secteurs ;
  5. Accélérer la recherche et l’innovation en matière de résistance aux antimicrobiens dans tous les secteurs ; et
  6. Renforcer la gouvernance multisectorielle, le financement durable et la responsabilisation aux fins d’une riposte coordonnée à la résistance aux antimicrobiens dans l’ensemble des secteurs et à tous les niveaux.

Les priorités stratégiques et opérationnelles de l’OMS pour lutter contre les infections bactériennes pharmacorésistantes dans le secteur de la santé humaine, 2025-2035, viennent compléter le Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens afin de renforcer la riposte sectorielle à la RAM.

 

Références bibliographiques

1. GBD 2021 Antimicrobial Resistance Collaborators. Global burden of bacterial antimicrobial resistance 1990-2021: a systematic analysis with forecasts to 2050. Lancet. 2024 Sep 28;404(10459):1199-1226.

2. GLG report: Towards specific commitments and action in the response to antimicrobial resistance (2024). https://www.amrleaders.org/resources/m/item/glg-report